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«  Yogascittavrittinirodhah »
« Le yoga est l’arrêt des fluctuations du mental »
(Yoga-Sutra I-2)

Raja Yoga 

Le Raja Yoga est l’exposé des principes universels sous-tendant toutes les formes de méditation. Cette voie millénaire de réalisation spirituelle fut exposée en Inde par Patanjali il y a plus de 2000 ans.

Références bibliographiques

En ce qui concerne la méditation, mes ouvrages de référence sont ceux d'Alice Bailey :
- La Lumière de l'âme, les Yoga-sutras de Patanjali,
- De l'intellect à l'intuition,
- Lettres sur la méditation occulte,
- Les rayons et les initiations, notamment la partie s’intitulant la science de l’antahkarana.
Ces deux derniers ouvrages contiennent plus d’enseignements ésotériques sur l’aspect occulte de la méditation qu’il n’a jamais été publié auparavant. L’exposé s’intitulant la science de l’antahkarana est une mine d’or pour tout pratiquant.
Voir la présentation d’AAB dans " Esotérisme moderne ".
Il existe de nombreux traductions et commentaires des Yoga-Sutra (versets du Yoga) de Patanjali, très inégaux entre eux.
Parmi les plus intéressants, on peut citer :
- Les Yogas pratiques du védantiste Swami Vivekananda,
- Patanjali et le Yoga et Techniques de Yoga de l’historien des religions Mircea Eliade,
- Yoga de l’indianiste Tara Michaël,
- Le Yoga-Sutra de Patanjali et le Yoga-Bhashya de Vyasa de l’indianiste Michel Angot.
En dehors de la tradition yogique indienne, citons le remarquable ouvrage du Lama Kasi Dawa Samdup, édité par le tibétologue W.Y. Evans-Wentz, intitulé :
- Le Yoga tibétain et les Doctrines Secrètes ou les 7 Livres de la Sagesse du Grand Sentier.
Y sont décrites, parmi d’autres, les techniques du Mahamudra et les 6 Yogas de Naropa qui partagent nombres de points communs avec le Raja Yoga.
Voyez plus loin les liens existant entre le Raja Yoga et les méditations bouddhistes comme taoïstes.


L’exposé qui suit est un résumé d’un ouvrage en cours

Origine du Samkhya et du Yoga

La tradition yogique indienne est plus ancienne que le Védisme. Ainsi que l’atteste le Rig Veda, des ascètes sont déjà mentionnés à l’époque védique. De plus en plus d’éléments tendent à montrer que le Yoga méditatif est d’origine dravidienne, qu’il est un élément indissociable des populations autochtones de l’Inde.
Les mêmes pratiques méditatives sont évoquées en Chine et dans tout le reste de l’Extrême-Orient.
Muruga

Dans le Védisme, le Rishi Yajnavalkya, auteur du Yajur Veda « blanc », du Shatapatabrahmana et de la Brihadaranyaka Upanishad, est à l’origine de ce renversement consistant à comprendre le sacrifice comme un acte intérieur (rendre sacré) et non exclusivement comme un rituel extérieur. Ce Rishi a insisté sur l’importance de l’ascèse méditative et de la retraite dans les forêts.
Son Yajnavalkyadharmashastra (enseignement de la loi selon Yajnavalkya) digresse sur le Samkhya, le Yoga et la doctrine de la renaissance selon le Karma.
Yajnavalkya est probablement un des premiers Rishis faisant le pont entre la tradition du Raja Yoga, basée sur le Samkhya, et l’antique Vedanta, reposant sur le Veda.
La tradition ésotérique indienne en fait un Rishi de l’époque de Rama (à la cour du père de Sita, épouse de Rama) soit à une époque bien antérieure à celle Krishna.

Krishna
Krishna a d’ailleurs lui aussi insisté sur l’action ou service (karma) accompli dans un esprit yogique et a présenté une synthèse de tous les Yogas. Depuis lors, le mot Yoga est aussi utilisé pour les voies de la gnose (Jnana Yoga), de l’amour (Bhakti Yoga) et du service (Karma yoga). Toutes ces voies devant être pratiquées dans une attitude d’esprit « raja yogique », entièrement focalisée sur l’objet même de la voie choisie.
Avant que les autres voies du Yoga ne fussent distinguées, la tradition indienne avait toujours associé le terme Yoga au Darshana ancien, au système méditatif, qui remontait très loin dans l’histoire de l’Inde et qui fut ensuite codifié, il y a plus de 2000 ans, par Patanjali.
Nous le nommons à l’aide du terme tardif « Raja Yoga » afin de le différencier des autres Yogas.

Selon Krishna, le Yoga remonterait à Vivasvat (Soleil) qui l’enseigna au Manu Vaivasvata qui, par le bais de Kashyapa et de son fils Marichi, le transmit à Ikshvaku, le père de la dynastie solaire en Inde. Ensuite, les Raja-Rishis (Sages-Rois) le transmirent de génération en génération. Les Rajputs, auxquels appartient le Maître Morya, se disent les descendants d’Ikshvaku et de Rama. Cela explique peut-être le nom donné ensuite à cette méditation : le Raja Yoga ou Yoga Royal, parfois traduit par Yoga de Synthèse. La famille même du Buddha est censée descendre de Rama, bien que Buddha lui-même soit associé comme Krishna à la dynastie lunaire.
Rama, Krishna, Mahavira et Buddha appartenaient tous à la caste guerrière et non à celle des brahmanes.
Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la tradition yogique n’est pas d’origine védique : aucune référence au Veda et à la culture brahmanique n’apparaît dans les Yoga-Sutra de Patanjali.

Dans le Mahabharata, les deux Darshanas (écoles philosophiques) du Samkhya et du Yoga sont considérés comme un seul système. La tradition présente le Samkhya comme la philosophie la plus ancienne de l’Inde, comme la base théorique du Yoga pratique de Patanjali et comme l’ancêtre du Vedanta. Vivekananda lui-même fait du Samkhya l’ancêtre de toutes les philosophies indiennes, y compris le Vedanta que reforma ensuite Shankaracharya. Le Vedanta a combattu le Samkhya pour mieux s’en affranchir.

Kapila
Le Yoga repose donc sur l’ancienne philosophie du Samkhya, fondée par le Kumara Kapila, lui-même à la source d’une lignée de sages portant le même nom. Les ouvrages sur le Samkhya sont des compositions relativement tardives par rapport à l’antiquité de ce système : d’où l’erreur de confondre les ouvrages connus avec la tradition qui s’y rattache.
Kapila a édifié le système philosophique du Samkhya qui sera réutilisé et réadapté dans toutes les religions et écoles postérieures en Inde. Kapila est le prototype de l’ascète yogique, une manifestation de Shiva pour certains, un Avatar de Vishnu pour d’autres.
Le Samkhya a élaboré un système numérique mettant en relation les plans de conscience, les corps subtils, les sens et les éléments. Il a fondé la théorie de l’ignorance, du karma et de la libération.

Patanjali
Selon H.P. Blavatsky (HPB), Patanjali fut le contemporain et le commentateur de Panini, le grand grammérien qui codifia le sanskrit classique. HPB considère que Patanjali a vécu avant le Buddha historique, autour du 6ème-7ème siècle AEC.
Panini et Patanjali sont considérés comme des Avatars de Shiva.
Les orientalistes assignent des dates plus récentes à Panini (4ème siècle AEC) et à Patanjali, à travers qui ils distinguent deux personnages (2ème siècle AEC pour le commentateur grammérien, et du 1er au 4ème siècle EC pour le yogi). On ne sait rien de la vie de Patanjali.
Contrairement aux orientalistes, Shankara considère Patanjali comme l’Avatar du serpent Shesha et comme l’auteur unique des Yoga-Sutra, du Mahabashya (Le Grand Commentaire de la grammaire de Panini) et même du Caraka Samitha (Un traité médical d’Ayurveda). Il aurait ainsi donné les moyens de purifier l’esprit, la parole et le corps, selon un triptyque bien connue des traditions hindouiste et bouddhiste.
Selon le Tibétain, un premier Patanjali aurait précédé de quelques milliers d’années celui que l’on connaît sous ce nom.

Le Maitre Djwal Khul, en évoquant le travail du premier Patanjali a fait la déclaration suivante :
« Une grande occasion vous est offerte ; le succès du système du Raja-Yoga, la Science Royale du Mental (instituée par le grand initié Patanjali, il y a onze mille ans) est en train de se manifester et ses techniques s'affirment. Ce qu'il a dit au sujet de la Grande Loge Blanche est maintenant diffusé de façon satisfaisante et le dessein originel en grande partie a été justifié. Au cours des sept mille prochaines années, son système sera utilisé pour entraîner les disciples à la maîtrise du mental. Grâce à ce système, ils parviendront au stade "d'isolement dans l'unité" et dans cette unité dont ils sont conscients, seuls, et cependant avec beaucoup d'autres – ils prendront l'initiation qui leur permettra de libérer de l'énergie dans le monde des hommes, qui attend et demande. »
(L’état de disciple dans le Nouvel Age, volume 2).


Le Raja Yoga dans l’Hindouisme

Tous les aspects de la philosophie indienne figurent dans les Yoga-Sutra : le fonctionnement fluctuant du mental, le détachement nécessaire, la place des pouvoirs psychiques, les différents types d’ascèse et les techniques de méditation, les étapes de la méditation, l’explication du principe de causalité engendrant la renaissance, l’état de réalisation spirituelle engendré par une maîtrise complète du mental...C’est un texte synthétique d’une grande richesse. La Bhagavad Gita (recueillant les paroles de Krishna) et les Yoga-Sutra de Patanjali, sont les deux textes sacrés indiens les plus traduits et les plus commentés au monde.

Shankaracharya
Les plus grands sages hindous ont été influencés par la philosophie védantique de Shankara et la pratique du Raja Yoga qui est le plus souvent incorporée au Vedanta.
Dès son enfance, Shankara a étudié les textes révélés (shruti) et aussi les philosophies traditionnelles (smriti) telles que le Samkhya de Kapila et le Yoga de Patanjali. On a retrouvé un Commentaire des Yoga-Sutra attribué à Shankara, une oeuvre de jeunesse.
Govinda Bhagavatpada, le Maître de Shankara, était dit-on une manifestation du sage Patanjali et ce serait grâce à Govinda que Le Grand Commentaire de Patanjali nous serait d’ailleurs parvenu. Shankara serait donc le disciple de Patanjali à qui la tradition indienne attribue autant le Mahabashya que les Yoga-Sutra. Rappelons que Shankara fut un Avatar de Shiva et un ascète shivaïte dont il portait tous les signes de reconnaissance.
Gaudapada, le Maître de Govinda, soit le Paraguru de Shankara, a écrit le fameux Commentaire sur la Mandukhya Upanishad ainsi qu’un Commentaire du Samkhya-Karika d’Ishvara-Krishna. On l’a dit imprégné de philosophie bouddhiste encore très présente à son époque (notamment les doctrines de la Prajna-Paramita). Une tradition orientale affirme qu’avant de s’incarner, Shankara se serait revêtu des corps subtils (le Nirmanakaya) laissés par le Buddha Shakyamuni. La tradition ésotérique affirme également que le Buddha Maitreya, après avoir adombré Shankara, réutilisa les corps subtils du Buddha Shakyamuni. Ces corps subtils étant nécessaires pour l’incarnation des Grands Etres.
Shankara est donc au fait des trois Darshanas majeurs : Samkhya, Yoga et Vedanta.
Une succession peut être vue entre Kapila, Patanjali, Gautama, Shankara et Maitreya.

Dans le Shivaïsme du Cachemire, la référence au Yoga méditatif est présente : la respiration, le mantra ou l’image de la divinité sont utilisés comme dans toutes les pratiques asiatiques méditatives.
A l’instar du texte de Patanjali, 112 méthodes de méditation sont décrites dans le Vijnanabhairava-Tantra dont l’origine est probablement fort ancienne.
Shiva est le patron de tous les yogis.

De même, le Kriya Yoga, transmis par la lignée de Babaji jusqu’à Yogananda, ne fait pas exception à la règle. Selon Yogananda, Babaji l’aurait auparavant transmis à Shankara. Ce Yoga est un Raja Yoga mêlant une technique de respiration. Le mot même de Kriya Yoga est cité dans un sutra de Patanjali comme étant la combinaison de svadhyaya, tapas et Ishvarapranidhana. Ces trois termes recouvrent d’ailleurs des sens multiples et profonds : étude des écritures sacrées pour soi ou la lecture du Soi en toute chose (sva-dhyaya), l’ascèse ou chaleur interne produite par le prana (tapas, l’équivalent de la technique tibétaine du tumo), la dévotion à une divinité ou l’abandon au Seigneur absolu (Ishvara-pranidhana).
Ramené à un point de vue purement technique, le Kriya Yoga de Patanjali contiendrait trois méthodes majeures de méditation : le pranayama (maîtrise du souffle), la récitation d’un mantra et la dévotion incluant la concentration sur une image de la Divinité.
Vis-à-vis du Tantrisme, les trois techniques de base sont le mudra (le corps), le mantra (la parole) et le yantra (l’esprit), devenu le mandala dans le Bouddhisme.
La méditation transcendantale de Shri Mahesh Yogi repose sur les bases de la tradition yogique himalayenne qui, comme toutes les écoles yogiques de méditation, a pour base l’enseignement universel codifié par Patanjali.

D’une manière ou d’une autre, les Avatars tels que Ramakrishna, Vivekananda, Ramanamarshi...ont puisé dans la pratique raja yogique qui constitue un fond commun complètement assimilé à la spiritualité indienne, au point que cette pratique n’est plus distinguée comme Yoga de Patanjali.

Certes, il existe des façons de méditer qui semblent plus spontanées. Comme la méditation dont parlait Krishnamurti qui préférait parler d’attention totale et permanente de la conscience plutôt que de technique de concentration. Il est vrai que son enseignement védantique (ceux qui pensent qu’il inventa une quelconque philosophie affichent leur ignorance de la culture indienne) était en fait très proche de l’enseignement du Buddha qu’il affectionnait tout particulièrement, en plus de la méditation sur la vacuité de la conscience. L’enseignement de Krishnamurti est en fait très proche du Bouddhisme Madhyamika.

Krishnamurti
A une question qu’on lui posait au sujet de Krisnamurti qui préconisait l’arrêt de toute concentration, Ramana Marshi répondit très justement que pour atteindre un tel état, Krishnamurti avait dû pratiquer la concentration dans ses autres vies. En effet, une fois la concentration acquise pour un initié, la méditation devient plus naturelle et spontanée, et elle peut porter sur la nature même de la conscience comme cela se pratique dans le Vedanta et certaines écoles bouddhistes.
Toutefois, avant d’avoir acquis une bonne maîtrise de la concentration, de telles méditations peuvent conduire à une douce relaxation, à un simple vide émotionnel ou mental, que l’on prendra illusoirement pour un haut état méditatif.


Le Raja Yoga dans le Bouddhisme

La présence de Patanjali avant le Buddha historique expliquerait la forte présence de termes et de pratiques yogiques (issus du Yoga-Sutra de Patanjali) dans le Bouddhisme.
Quoi qu’il en soit, même en acceptant l’antériorité du Buddha sur Patanjali, Jean Filliozat précise dans L’Inde Classique, Manuel des études indiennes, Tome 2 (co-écrit avec Louis Renou) :
« Ces corrélations et nombres d’autres peuvent tenir à des emprunts des Yogasutra aux textes bouddhiques, mais elles expriment bien plutôt une communauté générale de techniques entre le bouddhisme et le Yoga, bien antérieurement à la rédaction des Yogasutra. Le Yoga, longtemps avant d’être l’objet de l’exposé dogmatique des Yogasutra, a prêté à toutes les religions ou mieux à toutes les sagesses de l’Inde. Il est loin d’être exclusivement brahmanique, il a une importance générale, car c’est dans toute la civilisation indienne qu’il est une technique universellement utilisable de maîtrise de soi ».
Précisons aussi que les fondateurs des trois formes de Bouddhisme (Hinayana, Mahayana, Vajrayana) étaient tous indiens, et que pour le Vajrayana, l’influence tantrique indienne fut majeure.

Buddha
La tradition millénaire du Raja Yoga a fortement influencé l’ascète Gautama devenu ensuite le Buddha.
Le Jaïnisme de Mahavira et le Boudhisme de Gautama sont des philosophies très proches de celle du Raja Yoga : toutes reposent sur le Samkhya (le système des nombres où le chiffre 5 est récurrent). Les 5 règles morales sont communes aux trois systèmes : continence, absence de convoitise, vérité en parole, innocuité et absence de vol.
Les 5 forces (balas) bouddhistes, permettant d’atteindre l’illumination, se retrouvent chez Patanjali au sujet des moyens (upaya) garantissant l’accès au samadhi (contemplation) : foi (shraddha), énergie (virya), attention (smriti), méditation (dhyana), sagesse (prajna). Virya, dhyana et prajna forment trois des 6 paramitas majeures, les vertus du Mahayana. Les dernières étapes du Raja Yoga sont donc l’aboutissement de ces vertus bouddhistes : Dhyana et Prajna (qui est la sagesse obtenue en samadhi).
Les obstacles au samadhi sont quasiment les mêmes dans le Bouddhisme et le Raja Yoga. Comparez aussi les kleshas (afflictions) bouddhistes et yogiques. D’autres termes sanskrits sont encore communs aux deux systèmes.
On peut aussi rapprocher les 5 éléments yogiques des 5 agrégats bouddhistes et de toutes les analogies en 5 attribués aux 5 Buddhas.
Le Bouddhisme comporte son sentier octuple et le Raja Yoga ses 8 membres (Ashtanga-Yoga : ses 8 membres pouvant être compris comme 8 formes différentes de méditation. A ne pas confondre avec les 8 membres du Hatha Yoga ou tout est vu à travers les postures et la respiration).
Les vérités bouddhistes (sur l’ignorance, la souffrance, les liens de causalité, la production conditionnée, le besoin de libération etc.) comme la philosophie du Yoga, trouvent leur source en Kapila.
On a parlé d’athéisme pour Kapila autant que pour Gautama : l’agnosticisme ou plutôt l’absence de recours à une Divinité personnelle serait toutefois une formulation plus juste.

Plusieurs types de méditation bouddhistes se réfèrent directement aux étapes du Raja yoga. Sous une forme ou une autre, reviennent souvent Shamatha (quiétude de l’esprit), Vipashyana (vision pénétrante) et Shunyata (l’état obtenu de la vacuité de la conscience).
La fameuse technique méditative appelée en pali Vipassana (Vipashyana en sanskrit), issue du Bouddhisme Theravada, correspond aux premières étapes du Raja Yoga : Shamatha (de la racine Sham : calmer, pacifier) qui permet de maintenir l’esprit durablement dans la quiétude, puis Vipashyana (de la racine sanskrite Vipash : observer, distinguer) qui plonge dans cette quiétude d’esprit afin d’accéder à la profondeur de la Vacuité.
Dans le Raja Yoga, ces deux pratiques correspondent à Prathyahara (le retrait des sens ou le retrait dans l’un des 5 sens, permettant l’absence de trouble) et à Dharana (la concentration ou attention soutenue). Cette dernière mène à Dhyana (la méditation ou concentration prolongée).
L’enseignement fondamental du Raja Yoga est ici résumé :
Selon les bases universelles du Raja Yoga, la concentration soutenue mène à l’état méditatif.

Dans la pratique bouddhiste, bien qu’au début la respiration, les sensations etc. puissent être utilisées pour calmer l’esprit, au fur et à mesure, l’objet de la méditation devient abstrait : il se dirige vers la nature réelle de la conscience et du monde qui est la Vacuité.
L’école chinoise Tien-Tai (Tendai en japonais) a repris la méthode Shamatha-Vipassana nommée Chih-Kuan (Shikan en japonais).
Le nom du Sutra du Lotus (texte de base de cette école) devient sous l’influence de Nichiren et son école, un mantra servant de support à la méditation.
Dans le Bouddhisme chinois de la Terre Pure ou Ching-tu-tsung (Jodo-shu au japon), l’invocation mantrique et la méditation sur la Terre (bhumi) d’Amitabha est l’essence de la méditation.

► Nagarjuna
Le culte d’Amitabha fut importé en Chine par Nagarjuna. Ce grand adepte indien fut le fondateur de l’école Madhyamika. Nagarjuna est aussi considéré comme un des 84 Mahasiddhas (grands ascètes honorés dans le Tantrisme hindou et tibétain), comme le fondateur de l’école chinoise Tien-Tai, le 14ème patriarche du Zen et enfin le 3ème patriarche du Bouddhisme tantrique japonais (Shingon).
Le culte d’Amitabha s’est substitué au culte hinayaniste plus ancien de Maitreya.
  
Le retour à la méditation (Dhyana) a régulièrement été prôné dans le Bouddhisme. Bodhidharma alla en Chine prêcher la voie du Dhyana, appela Chan en chinois et Zen en japonais.
Le Chan fait de Mahakashypa son 1er patriarche, de Nagarjuna son 14ème et de Bodhidharma son 28ème patriarche. En comparant Buddha au Manu, Kashyapa apparaît dans les deux cas comme le premier de la lignée, comme si l’ancienne tradition du Yoga (rattachée à la lignée solaire selon Krishna) se répétait dans celle du Bouddhisme Chan et Zen.
Dans le Zen, la posture, le mudra des mains, la respiration et la concentration sur l’abdomen (hara) ne sont que des objets de concentration permettant d’atteindre l’état méditatif.

► Asanga
L’école bouddhiste d’Asanga, nommée le Yogacara, s’appuie entièrement sur la pratique du Raja Yoga : cette école ancienne mahayaniste a codifié les étapes du Yoga en détail au point d’élaborer une véritable école bouddhiste du Raja Yoga. Le Raja Yoga a en fait influencé toutes les pratiques méditatives bouddhistes : indienne, sri-lankaise, birmane et indochinoise en général, chinoise, coréenne, japonaise, tibétaine et mongole.
Le Yogacara est devenu l’école Fa-Hsiang en Chine et l’école Hosso au Japon. Vasubandhu (21ème patriarche du Chan), le frère d’Asanga (que ce dernier convertit au Yogacara), a rédigé un Commentaire du Samkhya-Karika d’Ishvara-Krishna. Du fait que certains sutras de Patanjali contiennent des thèmes apparentés au Yogacara, on a voulu faire de Patanjali un contemporain d’Asanga (entre les 3ème et 5ème siècles EC).
HPB soutient l’existence de deux Asanga : celui qui est connu et que l’on a toujours confondu avec le premier Asanga, le disciple direct du Buddha Shakyamuni selon HPB. Ce premier Asanga a ainsi codifié l’enseignement du Raja Yoga au sein du Bouddhisme ésotérique naissant.

La succession des phases de méditation est équivalente dans les pratiques bouddhistes mahayanistes et raja-yogiques. On peut noter 3 grandes étapes, en relation avec les 3 corps du Buddha et les 3 mondes.

1) Tout d’abord, les 4 types de samadhi avec reconnaissance de l’objet (samprajnata-samadhi) de Patanjali ont autant été repris dans le Bouddhisme de Gautama que dans le Vedanta de Shankara.
Leurs noms sont vitarka (pensée), vichara (réflexion), ananda (félicité) ou priti (joie) ou sukha (bonheur) ou upeksha (impassibilité, hors des dualités), puis asmita (Soi) ou ekagrata (acuité ou unité de la psyché).

2) Ensuite, Patanjali explique que samyama est la maîtrise complète de la triade concentration-méditation-contemplation : en langage Samkhya, ceci est possible lorsque l’antahkarana relie le mental (manas), l’âme individuelle (ahamkara) et l’intuition (Buddhi). L’ahamkara est appelé le corps causal en ésotérisme car il est la source de la soi-conscience (âme individuelle ou Ego). Dans le kama-manas (le mental mêlé à l’émotionnel), ahamkara devient le moi, la conscience auto-centrée sur elle-même (personnalité ou égoïsme).
L’accès à Buddhi libère la conscience de la notion même d’âme individuelle.
Après ces trois états unifiés (samyama), Patanjali cite 7 stades (bhumis) du samadhi sans semence, c’est-à-dire sans relation avec un objet psychique (asamprajanata-samadhi ou nirbija-samadhi). L’évolution décrite est proche de la technique du Mahamudra tibétain.
Samyama et les 7 bhumis peuvent être mis en parallèle avec les 10 bhumis (terres ou sphères) formant les étapes du Bodhisattva, chaque étape étant associée à une des 10 paramitas (vertus). Le dernier stade est appelé « le nuage de la loi » (dharma-megha), terme cité par Patanjali vers la fin de son ouvrage comme l’aboutissement du samadhi. Ce nuage est le Sanatana-Dharma (la Loi ou Sagesse Eternelle, que nous appelons Sagesse Ancienne). Telle une pluie spirituelle encore condensée, prête à adombrer l’initié, ce nuage représente la Hiérarchie spirituelle des Maîtres de Sagesse, les inspirateurs éternels de la Sagesse Ancienne.

3) Le dharma-megha est en fait la porte d’entrée dans les plus hauts états méditatifs que les bouddhistes nomment les 4 sphères ou 4 niveaux d’arupa-samadhi (contemplation sans forme) : ce sont les sphères de l’Espace, de la Conscience supérieure, du Néant et la sphère Innommable et sans attribut.
Les derniers sutras du Yoga-Sutra semblent faire allusion à ces hauts états méditatifs.
Il n’est pas étonnant que les systèmes des bhumis (sphères de conscience) et du trikaya (les trois corps du Buddha) aient été codifiés par l’école Yogacara d’Asanga (sous l’inspiration de Maitreya).

Les pratiques méditatives tibétaines font clairement référence au Yoga tantrique indien, d’où sont issus des grands saints (Mahasiddhas) tels que Tilopa. Les 6 Yogas de son disciple Naropa évoquent des exercices cités par Patanjali. Milarepa, disciple de Marpa (lui-même disciple de Naropa), symbolise le yogi ayant parfaitement maîtrisé les techniques de l’école Kaguypa. Les 6 Yogas de Naropa sont des techniques de méditation « avec forme » qui permettent de développer certaines capacités, entièrement maîtrisées par les Maîtres de Sagesse : le Tumo (feu interne), le Mayavirupa (corps illusoire ou auto-crée), le transfert de conscience, la maîtrise de l’état de rêve, des étapes de la mort (Bardo) et de la claire lumière.

Le Mahamudra (le Grand Sceau) de l’école Kagyupa tente d’apposer le sceau de la vacuité à la conscience.
Shamatha-Vipashyana est « l’exercice ordinaire » ou exotérique, issu de l’école Theravada : c’est, dit-on, le Zen tibétain ou birman. Ensuite, vient « l’exercice extraordinaire » du Mahamudra, correspondant à l’obtention du samadhi (signifiant le complet/sam maintien/adhi) : le fait d’installer et de sceller l’esprit dans un état absolument stable et vide, sans que les formes ultérieures apparaissant sur l’écran de la conscience et ne viennent troubler cet état.

La technique du Dzogchen (la Grande Perfection) de l’école Nyingmapa (incarnée par Padmasambhava) demande une intense présence, une concentration soutenue sur l’état de Vacuité afin que l’esprit retrouve cette condition originelle.
Elle rappelle l’école Pratyabhijna (Reconnaissance) du Shivaïsme du Cachemire, à laquelle se rattache le fameux shivaïte Abhinavagupta.

Tsong Khapa
L’exemple le plus poussé de méditation avec un support est la visualisation du mandala du Kalachakra et son intériorisation jusque dans les moindres détails.
Le Kalachakra est la pratique la plus ésotérique de l’école Gelugpa fondée par Tsong-Khapa, dont le centre d’étude fut d’abord Shigatse (capitale des Panchem-Lamas) avant de passer à Lhassa (capitale des Dalaï-Lamas).
Tsong Khapa inaugura l’ordre des Panchem Lamas (érudits) qui instruisirent les divers Dalai Lamas avant même que le nom de Dalai Lama ne leur soit donné (16ème siècle) et avant que l’ordre politique des Dalai Lamas ne fut institué à Lhassa (17ème siècle). L’enseignement du Kalachakra du monastère de Tashilhunpo fut transféré à Lhassa grâce au 8ème Dalai Lama.

 
Le Raja Yoga dans le Taoïsme

Le Taoïsme possède ses propres méthodes de méditation qui se sont enrichies au contact d’instructeurs bouddhistes indiens puis chinois. Le Taoïsme s’est toujours mêlé au Bouddhisme chinois : l’abstraction des méthodes méditatives et les valeurs bouddhistes ont su élever les techniques énergétiques taoïstes jusqu’à des niveaux spirituels supérieurs, visant plus l’immortalité de l’esprit que celle du corps.

Lao Tseu
En ce sens, le Taoïsme philosophique de Lao Tseu est très proche de l’enseignement du Buddha : Tao et Shunyata sont en fait équivalents. Le « yoga » taoïste repose sur des symboles proches du Tantrisme indien, tels l’union du yin (yoni) et le yang (linga). Les techniques respiratoires et de visualisation du chi (qi) y jouent un grand rôle.

Dans le Taoïsme religieux, comme dans l’Ecole de l’Hygiène des Divinités Intérieures, la visualisation complexe des Divinités corporelles, notamment dans les palais ou centres énergétiques de la tête, sont une forme de Raja Yoga. Le corps purifié de l’adepte devient le temple des Dieux célestes qui finissent par s’y incarner (du moins leurs rayons), faisant de l’adepte un Immortel. « Garder l’un » signifie ici retourner au Tao, symbolisé par l’Etoile Polaire reliée au somment de la tête et au mont sacré Kunlun. Comme dans l’Hindouisme avec ses Rishis primordiaux (des sortes de Yogis célestes), les Divinités chinoises des étoiles de la Grande Ourse jouent un rôle essentiel dans la méditation taoïste qui les relie à des points de la tête ou à des organes.

L’harmonie retrouvée entre le Ciel et le corps de l’adepte rappelle aussi l’initiation au Kalachakra, qui emprunte d’ailleurs le système astrologique chinois. L’enseignement du Kalachakra proviendrait de Shambhala, situé dans le Désert de Gobi, au Nord de la Chine.
Les Maîtres himalayens étant l’interprètes de cet enseignement.


Le Raja yoga en Occident

L’influence du Raja Yoga a pu gagné l’Occident, grâce notamment à Pythagore.
La tradition grecque nous dit qu’il voyagea au Proche-Orient, en Mésopotamie, en Perse où il fut instruit par Zoroastre, et jusqu’en Inde où il rencontra le Buddha. Les textes indiens parlent de Yavanacharya : l’instructeur grec.

Pythagore
Pythagore ramena en Grèce et en Italie la philosophie Samkhya et la philosophie bouddhiste (métempsychose, végétarisme, respect de toute vie, pureté morale...), accompagnées d’une ascèse yogique qui gagnera ensuite les platoniciens, les néopythagoriciens, les néoplatoniciens, les gnostiques chrétiens, ainsi que les nazaréens et les esséniens juifs que Pythagore visita et chez qui l’on trouve des pratiques, des termes et des croyances d’origine bouddhiste.
Toutes ces mouvances juives, judéo-chrétiennes et helléno-chrétiennes, reposaient sur l’idée que l’homme pouvait unir son esprit à la Divinité.

Le néoplatonicien Jamblique nous dit que Pythagore avait séjourné avec les esséniens au Mont Carmel et les avait instruit. Jésus, ayant vécu en Galilée, et que l’on sait avoir appartenu à l’ordre des esséniens et des nazaréens, ne pouvait ignorer la sagesse pythagoricienne et bouddhiste. Les maximes de Pythagore sont du reste largement reprises dans le Nouveau Testament.
La tradition ésotérique nous apprend que Jésus se réincarna une dernière fois en tant que Apollonius de Tyane, le grand thaumaturge du début de l’ère chrétienne, qui était un fervent adepte de Pythagore.

En dehors même de Pythagore, on ne peut nier que des missionnaires jaïnes et surtout bouddhistes (envoyés tout d’abord par l’empereur Ashoka au 3ème siècle AEC) ont essaimé dans tout le Moyen et le Proche-Orient, en passant par la Méditerranée pour remonter jusqu’en Europe du Nord où l’on a retrouvé des traces bouddhistes.
Quant à Plotin, le grand néoplatonicien, il partit en Perse et en Inde, nous explique son biographe Porphyre, dans le but d’étudier leur philosophie.

En faisant abstraction des pratiques mystiques des néoplatoniciens et des gnostiques chrétiens, il n’est à considérer que les moines chrétiens du désert pour se convaincre de l’influence yogique marquante sur le Christianisme primitif : nous pensons à la pratique de l’Hésychasme (immobilité, silence) des ermites d’Egypte, de Grèce, du Proche-Orient, du Moyen-Orient et d’Asie Mineure.
Les Pères cappadociens (néoplatoniciens et origénistes), s’inspirant des moines du désert, ont transmis à l’Eglise Orthodoxe le respect de l’ascèse méditative. Grégoire Palamas (14ème siècle) fut un fameux représentant de l’Hésychasme.

Les Bogomiles (en Bulgarie) puis les Cathares italiens et français (Albigeois) avaient des idées et des pratiques d’origine essénienne ; ils sont proches du gnosticisme, du manichéisme et de l’origénisme.

L’Ordre du Carmel, auquel se rattachaient des initiés tels que Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix, a hérité de la pratique ancienne de l’oraison silencieuse, destinée à éveiller la présence christique dans le coeur, en relation avec le coeur sacré de Jésus.
De nombreux autres ordres religieux ont mis la pratique mystique en avant, la prière étant utilisée comme un voie de méditation et de communion avec Dieu. Leurs plus fameux représentants sont Saint Benoît (Bénédictins), Saint Bernard de Clairvaux (Cirsterciens), Saint Françoise d’Assise (Franciscains) et Ignace de Loyola (Jésuites), dont les Exercices spirituels évoquent tout simplement le Raja Yoga.

La recherche individuelle et collective du contact avec le Saint Esprit se retrouve chez les Protestants, les Anglicans, les nombreuses Eglises évangéliques et les membres catholiques du Renouveau charismatique. D’une certaine manière, c’est une tentative pour s’affranchir de l’institution religieuse et expérimenter Dieu immanent en l’homme, que ce soit par la recherche de la grâce via la prière, ou par des méthodes (parfois proche de la transe) plus ou moins adaptées.
Il est certain que pour atteindre ce but élevé, une approche du type Raja Yoga (peu importe le nom qu’on lui donnerait) serait nécessaire pour créer l’état de tension spirituelle qui est l’antithèse de la transe et de toute attitude passive.

Notons que certaines communautés chrétiennes ont utilisé le Zen dans leur pratique religieuse et ont ainsi tenté de retrouver les racines de la méditation chrétienne.

Nous pouvons également retrouver des influences yogiques dans certains mouvements chiites et soufis, inspirés, entre autre, par la présence de l’Islam en Inde : en plus de la danse, des méthodes de respiration et l’usage de la récitation des divers noms d’Allah, servent de techniques de méditation.

Terminons par la Sophrologie qui a, elle aussi, largement puisé dans les techniques du Raja Yoga : son fondateur, Caycédo, a étudié les méthodes yogiques indienne, tibétaine et Zen.


Hatha Yoga et Qi Gong

Le Hatha Yoga, le Yoga de l’effort corporel, est un vieux Yoga.
Sur les 195 sutras du Yoga-Sutra de Patanjali, il n’existe en fait que 7 sutras qui font allusion soit à la posture (asana) soit à la respiration (pranayama). Et ces sutras sont si évasifs qu’ils peuvent être compris dans un sens purement physique ou purement psychique : la posture peut être comprise comme un état mental (nécessitant une aisance physique) et la respiration peut être entièrement comprise comme celle du prana mental et non du prana physique, soit le flux et reflux de l’activité psychique devant être maintenu en rétention dans les centres de la tête.

Le fait est que le Hatha Yoga et le Raja Yoga sont deux voies bien distinctes : leur entraînement et leur but sont diamétralement opposés. Les écoles initiatiques de Raja Yoga ont toujours été très secrètes et n’ont jamais accepté de hatha yogis. Ces derniers sont considérés comme des sortes de « fakirs », des médiums et des aspirants, capables de grands exploits physiques, par les grands initiés indiens et les Maîtres de Sagesse.
Il faut noter que ce sont toujours les tenants du Hatha Yoga qui tentent d’intégrer le Raja Yoga dans leurs enseignements (sentant les limites de leur pratique) et que ce ne sont pas les raja yogis qui aspirent à s’adonner au Hatha Yoga.

Le véritable raja yogi sait que tous les centres énergétiques du corps trouvent leur correspondance supérieure à l’intérieur de la tête et que c’est en contrôlant les centres de la tête que l’on contrôle correctement les centres inférieurs. L’inverse n’est pas vrai, bien que cela a souvent été présenté ainsi par certains courants excessivement axés sur le corps comme le Kundalini-Yoga, le Tantrisme de la voie de gauche et la magie sexuelle. C’est contre toutes ces dérives que s’éleva le grand bouddhiste tibétain Tsong-Khapa. L’enseignement du Maître Djwal Khul à ce sujet est également sans appel.

Avec l’illusion de l’illumination spontanée (thème très répandu dans le Zen par exemple), la quête fiévreuse et la dévotion aveugle au guru, la recherche de l’éveil des pouvoirs inférieurs comme voie de réalisation est un des grands dogmes de l’Orient qui a causé bien des dégâts.

Tous les grands Maîtres indiens (Krishna, Patanjali, Shankara, Buddha, Ramakrishna, Vivekananda, Ramana Marshi etc.) sont unanimes : on ne peut atteindre la réalisation du Soi par le Yoga du corps.
Et il en est de même du Qi Gong (Chi-Kung) : la philosophie de Lao Tseu fut elle-même une réforme de l’ancien Taoïsme qui s’enfonçait déjà dans les méandres des techniques d’immortalité physique, dénuées de véritable spiritualité.

Le Qi Gong possède son équivalent supérieur qui est le Yi Gong (le travail de l’esprit, de l’intention dirigée : un autre nom pour le Raja Yoga chinois).
Le Nei Gong (le travail interne, le travail dirigeant l’énergie interne) peut être pratiqué comme un véritable Yi Gong, plutôt que comme un simple Qi Gong gymnique : c’est le travail de l’esprit, dirigeant l’énergie, qui donne toute sa valeur à la pratique interne.

Le Hatha Yoga ou le Qi Gong n’ont jamais concerné l’initiation ésotérique. Au mieux, pratiqués avec sagesse, ils préparent à la première initiation (qui marque la maîtrise partielle du corps physique par l’âme). Pratiqués correctement, ils peuvent être certainement bénéfiques pour la santé (physique et psychique).
Le titre pompeux de « maître » donné aux experts de Hatha Yoga ou de Qi Gong fait partie de la large mystification dont ont fait l’objet les occidentaux, mystification qui est à la mesure de leur ignorance comme de celle de leur professeur au sujet des réelles doctrines ésotériques de l’Orient.

En fin de compte, les méthodes et les résultats des techniques corporels et énergétiques finissent par gêner la réalisation du Soi. Les pouvoirs physiques et psychiques inférieurs qu’ils développent n’ont rien à voir avec la réalisation du Soi. Patanjali a mis en garde contre eux.

La méditation et le service sont les deux moyens universels pour se réaliser spirituellement et favoriser l’évolution de son prochain.

Ainsi, contrairement à ce que l’on peut lire, il n’est nullement nécessaire d’être un pratiquant de Hatha Yoga ou de Qi Gong pour commencer la pratique du Raja Yoga.
Une bonne hygiène de vie et une vertu morale sont toutefois nécessaires : ce sont d’ailleurs les 4 étapes préparatoires du Yoga à 8 membres, étapes préparatoires sur lesquels Patanjali ne s’étend pas. L’aspirant a la fâcheuse tendance à trop se focaliser dessus.

Les 4 étapes suivantes concernent le Raja Yoga proprement dit et sont celles qui sont largement commentées tout au long du traité de Patanjali.
Rappelons ces 4 étapes : le retrait des sens, la concentration, la méditation et la contemplation.
Nul besoin de se contorsionner dans tous les sens ou d’adopter des respirations contraignantes pour pratiquer le Raja Yoga.

Si les pratiquants de Hatha Yoga ou de Qi Gong se concentrent intensément au niveau du centre du front durant leur pratique, ils en tireront les meilleurs résultats possibles. La conscience ne doit pas vagabonder, autrement elle descend toujours au niveau du plexus solaire et les pratiques énergétiques stimulent alors davantage la vie émotionnelle de l’individu (à ses dépends).

Ce ne sont pas les gestes ou la respiration qui importent, mais le niveau où la conscience se place : de ce niveau dépend la qualité de l'énergie qui entrera dans les centres et les méridiens.
Tout pratiquant soucieux de cela commence un Raja Yoga.


Le but du Raja Yoga

Le Raja Yoga n’est pas une méthode de méditation parmi d’autres mais l’exposé des principes universels sous-tendant toutes les formes de méditation.
C’est pourquoi Patanjali décrit ces principes ainsi que divers types de méditation à titre d’illustration.


Les méthodes de méditation ne sont que des moyens plus ou moins précis et adaptés pour atteindre l’état méditatif, voire la contemplation.

En schématisant, nous pouvons dire que l’Inde a présenté deux méthodes fondamentales auxquelles se rattachent toutes les autres :
- la méthode verticale de type hindouiste, dirigée vers le monde supérieur du Soi (Transcendance),
- la méthode horizontale de type jaino-bouddhiste, intériorisée dans l’état de Vacuité (Immanence).

Les trois Monothéismes se rattachent à la méthode transcendantale, tandis que le Taoïsme et le Shintoïsme rejoignent la méthode immanente.
Grosso modo, nous retrouvons deux blocs majeurs : l’approche de type sémito-indo-européenne et l’approche extrême-orientale.
Bien sûr, à l‘intérieur de chaque religion, on retrouve tout de même la présence de l’autre tendance.

Quelle que soit la méthode méditative, la concentration demeure une attention soutenue qui peut se porter sur divers objets psychiques : des sons (mantras), des images (mandalas ou yantras), des visualisations créatrices et des objets abstraits tels que la Vacuité, le Tao, Shiva ou le Soi, selon la tradition retenue.

La réussite dans la méditation exige le maintien d’une « tension spirituelle » (comprise positivement) permettant de percer les différents plans de conscience.

La contemplation équivaut à réussir à placer et à maintenir sa conscience sur le plan boudhhique (Buddhi) ou christique (Christos), au dessus de l’âme individuelle (lieu de la méditation).
C’est le plus haut état que l’homme puisse atteindre (en dehors des Maîtres) : certains l’appelleront Vacuité, d’autres l’Atman car le rayon du Soi se reflète dans Buddhi. Ce niveau correspond à l’état d’arhat dans le Bouddhisme, à la 4ème initiation, à la crucifixion dans le Christianisme ésotérique. C’est le niveau de l’intuition et de la conscience de groupe.

Les Maîtres de Sagesse sont ceux qui ont atteint l’état supérieur, l’état du Nirvana (Bouddhisme), appelé Kaivalya (l’Unité isolée) par Patanjali. L’isolement correspond ici à l’absorption complète dans l’Unité.
Somme toute, il existe un premier état préparatoire (retrait des sens et concentration), qui mène à la méditation avec un support extérieur ou intérieur, avec forme ou sans forme. Puis, l’état plus profond de contemplation implique, par sa nature même et son niveau, l’absence de tout objet formel de méditation, même intérieur.
Le méditant contemple sa vrai nature.

Par son approche mentale, le Raja Yoga convient parfaitement aux occidentaux. Il n’est pas question d’une vague rêverie mystique comme on a trop tendance à l’associer à la méditation, ni à des expériences de sorties de corps ou de pouvoirs psychiques, de médiumnité etc.
Il est bel et bien question d’accéder à une maîtrise progressive de son mental, afin de l’utiliser correctement afin d’atteindre sa nature profonde, l’âme puis le Soi.

La réalisation du Soi (Ishvara, Shiva ou Atman), de la Voie (Tao) ou de la Vacuité (Shunyata), est le but profond du Raja Yoga.
La sérénité, la joie profonde, la compassion et le détachement sont les conséquences de sa pratique.

D’un point de vue ésotérique, la méditation a pour but de nous mettre en relation avec l’énergie de l’âme se trouvant sur un des 7 rayons : le rayon d’âme restant identique de vies en vies. Puis, la contemplation nous permet d’entrer en contact avec le rayon du Soi reflété sur le plan de l’intuition. Atma-Buddhi sont les deux agents du Soi.
Le rayon du Soi ou de la Monade exprime l’un des trois Aspects de la Divinité : Pouvoir, Amour-Sagesse ou Intelligence.
Les diverses Trinités, les familles d’Archanges, de Buddhas, de Kumaras ou d’Avatars, s‘y rattachent tous.

La méditation doit s’exprimer par un service actif envers les autres et, de manière générale, envers tout ce qui vit. Autrement, l’énergie acquise se retourne contre le pratiquant, créant des états névrotiques ou dépressifs, de l’égoïsme ou de l’orgueil spirituels, résultant d’une non-utilisation des énergies spirituelles qui restent fondamentalement impersonnelles.

Si vous voulez méditer, servez également !






 
Muruga
Une vieille divinité dravidienne de l'Inde : l'archétype du jeune garçon, du fils de Dieu et du guerrier divin. Le fils de Shiva est aussi Skanda, Karttikeya ou Kumara. Sa lance représente la domination de l'Esprit sur la matière. Sa monture est le paon, qui fut l'emblème de la dynastie Morya en Inde. Les plumes, tels des yeux, symbolisent l'oeil de Shiva, l'omniscience du yogi.   

  
 


Krishna (~ 3 000 AEC) 
Le grand Avatar de Vishnu, adombré par Maitreya. On trouve son enseignement dans la Bhagavad Gita qui synthétise tous les yogas. Selon la tradition, Krishna mourut en 3 102 AEC, date à laquelle commença le petit cycle du Kali Yuga qui dura deux ères zodiacales, du Bélier aux Poissons. Plusieurs Maîtres ont déclaré que le Kali Yuga ou Age sombre avait pris fin au début de l'ère du Verseau.



 

Kapila 
Le nom de l’un des 7 Kumaras, compté parmi les 3 Kumaras ésotériques ; Sanat-Kumara étant le 4ème Kumara. C’est aussi le nom d’une lignée de sages. On attribue à Kapila la fondation de la philosophie antique du Samkhya qui se trouve à l’origine de toutes les philosophies indiennes. La ville où vécut le Buddha, nommée Kapilavastu, lui est associée. Bien que récupéré par le Vishnuisme, il fut un Avatar de Shiva et le prototype de tous les ascètes.



 

► Patanjali (6ème siècle AEC au 4ème siècle EC ?)
L’Avatar du serpent Shesha. Le sage surmonte les trois anneaux (les trois mondes inférieurs) formés par le corps du serpent (Naga). Shesha couvre l’adepte de ses 7 têtes : la manifestation lumineuse des 7 rayons d’énergie émanant dans l’aura de la tête du parfait raja yogi. Le Naga symbolise également l’adombrement (l’inspiration) de Patanjali par un Maître de Sagesse : l’adombrement signifie « couvrir de son ombre ». Cette image a été reprise dans l’iconographie bouddhiste avec le Naga protégeant le Buddha durant sa méditation. Nagarjuna (le Naga sous l’arbre Arjuna) est lui-même couvert par le Naga à 7 têtes. En tant qu’Avatar du Naga Shesha, Patanjali est ainsi le symbole de tous les grands initiés adombrés par les Maîtres de Sagesse, grâce au pouvoir de la méditation.




Shankaracharya
(788-822)

Un Avatar de Shiva et l'un des plus grands Maîtres que l'Inde ait connu. Considéré comme le père du Vedanta moderne. Il fonda des lignées de swamis : tous les grands instructeurs indiens se réclament de son enseignement portant sur la nature et la réalisation du Soi. Il fut adombré par Maitreya. On lui doit ses fameux commentaires sur les Upanishads védiques. 




Krishnamurti (1895-1986)
Instructeur spirituel iconoclaste qui fut adombré par Maitreya : chose qu'il ne reniera jamais, même après avoir quitté la Société Théosophique. Il permit aux enseignements indiens authentiques d'être vulgarisés sous une apparente simplicité, tout en maintenant leur profondeur. La fluidité de la conscience, le détachement et la liberté intérieure étaient des thèmes récurrents chez Krishnamurti.






Buddha 
(6ème siècle AEC)
L'éveillé, celui qui refusa tout dogme et tout compromis, qui coupa la racine du désir pour atteindre l'illumination. Il demeure l'incarnation parfaite de la Sagesse. Siddhartha Shakyamuni fut adombré par le Buddha Gautama, ce dernier se trouvant maintenant à Shambhala. Selon les enseignements ésotériques, le Buddha Maitreya est son frère spirituel et l'incarnation de l'Amour, l'aspect complémentaire de la Sagesse.






 
Nagarjuna (3ème siècle AEC au 3ème siècle EC ?)
Naga, le serpent, et Arjuna, une variété d’arbre. Le plus grand adepte du Bouddhisme Mahayana. Selon HPB, il serait né en 223 AEC (la tradition le fait vivre 600 ans). Il aurait introduit très tôt le culte d’Amitabha en Chine. Il fut instruit par les Nagas (les Maîtres de Sagesse) qui, dans toutes les représentations, lui couvrent la tête. Il découvrit que son système, le Madhyamika (Voie du Milieu), était en fait la véritable doctrine du Buddha : toute thèse, toute antithèse, toute synthèse et tout nihilisme, sont réduits à l’état de Vacuité, nature même de l’illumination comme des phénomènes. On lui doit l’enseignement du Prajna-Paramita Sutra, reçu des Nagas à qui Buddha l’aurait confié jugeant son abord trop difficile pour l’époque : Nagarjuna étant considéré comme le premier adepte bouddhiste capable de le comprendre. De ce grand Sutra de la Prajna-Paramita sont extraits le Sutra du Coeur et le Sutra du Diamant. 







Asanga 
(3ème-5ème siècles EC ?)
Le second grand adepte du Bouddhisme Mahayana après Nagarjuna. Asanga fut le disciple de Maitreya de qui il reçu l’enseignement du Yogacara. Cet enseignement associe la Vacuité à l’Alaya-Vijnana (litt. la demeure ou la dissolution de la conscience), soit la conscience universelle à l’origine des divers phénomènes qui sont considérés comme une projection illusoire de l’esprit. HPB parle d’un premier Asanga qui aurait été le disciple direct du Buddha et ainsi le chef de file de l’enseignement ésotérique comprenant une grande part de Raja Yoga. Quoi qu’il en soit, Maitreya joue un rôle majeur dans l’approche idéaliste et yogique du Bouddhisme.




► Tsong Khapa
(1357-1419)
Le grand réformateur de l’ordre Gelugpa (bonnet jaunes) qui s’opposa aux pratiques de magie noire introduites dans le Bouddhisme par les bonnets rouges. La tradition en fait une manifestation du Dhyani-Buddha Amitabha, le rayon d’Amour, et aussi du Bodhisattva Manjushri (chef de file du Madhyamika), le rayon de Sagesse. 
Tsong Khapa, très imprégné de la philosophie de Nagarjuna, fut à l’origine d’ouvrages de référence, de la rénovation d’une grande statue de Maitreya et de la construction de monastères importants comme celui de Tashilhunpo, près de Shigatse (lieu d'enseignement du Kalachakra). 
La venue de Tsong Khapa fut prophétisée par le Buddha. Un commandement majeur de Tsong Khapa consista à demander à ses adeptes, qu’une fois par siècle, une tentative soit faite pour éclairer le monde (notamment occidental) en matière de sagesse secrète. 




► Lao Tseu
(6ème siècle AEC)

Le réformateur philosophique du Taoïsme dont l’origine est fort ancienne. La tradition affirme qu’il composa 1000 ouvrages, aujourd’hui disparus à l’exception du Tao Te King (Livre de la Voie et de la Vertu) dont les termes chinois cachent une véritable sagesse secrète. Dans le chapitre 42, on lit : « Tao donna naissance à Un ; Un donna naissance à Deux ; Deux donna naissance à Trois ; Trois donna naissance aux dix-mille êtres ». Ainsi, l’Absolu et les 3 Aspects sont à l’origine du monde. Le Taoïsme religieux le divinisa et en fit l’égal de Huang Ti, une sorte de Démiurge, d’Homme archétypal (Logos). Lorsqu’il partit vers l’Ouest sur son buffle (symbole de maîtrise), les religieux taoïstes racontèrent la légende selon laquelle il alla en Inde et devint le maître du Buddha. Cette allégorie montre simplement à quel point les doctrines du Tao et de Shunyata sont semblables.





Pythagore
(6ème siècle AEC)

Yavanacharya : l'instructeur grec comme l'appelaient les indiens. Un des pères fondateurs de l'ésotérisme grec, admiré par Platon, Apollonius de Thyane, les Néoplatoniciens et Néopythagoriciens. Il voyagea beaucoup et fut initié à plusieurs doctrines ésotériques. Parti en Inde, il rencontra probablement le Buddha. Il ramena la philosophie numérique du Samkhya ainsi que la morale et l'ascèse bouddhistes. Son influence s'étendit sur les nazaréens et ésséniens. Ses 10 vertus sont identiques aux 10 paramitas bouddhiques et aux préceptes repris dans l’Evangile. Son système numérique est une adaptation du Samkhya. Selon le système pythagoricien, la Monade (1) équivaut au point, la Dyade (2) à la ligne, la Triade (3) au triangle ou surface, et la Tétrade (4) au cube ou volume. L’ensemble forme la décade : 1+2+3+4 = 10. Dans la Sagesse Ancienne, le chiffre 10 a toujours symbolisé la totalité des énergies, manifestées et non-manifestées. 









► Sage taoïste
La méditation taoïste consiste à « garder l’un ». Le taoïste doit éviter toute déperdition du souffle vital en fermant les 7 ouvertures du corps et en contrôlant les 7 sentiments (retrait des sens). Ainsi, l’adepte maintient ses souffles internes et les purifient en élevant sa conscience au sein des principes subtils (éléments), grâce à la méditation : l’énergie ancestrale des reins (Zhi) monte vers le feu de la conscience (Shen), à l’aide de la concentration de la pensée (Yi). L’imaginaire astrale (Hun) est purifié, et ainsi, le souffle (Po) n’est plus retenu dans la matière mais peut réintégrer sa source pure, le vide originel (Wu Chi), d’où toutes les énergies (Yin et Yang) sont issues. Po est l’équivalent de l’Atman hindou qui, à un niveau inférieur, devient le prana vital du corps. Dans les traditions monothéistes, ce concept est identique au Souffle du Saint Esprit (le Pneuma des grecs) qui descend sur l’initié. Wu, la Vacuité, est la nature même du Tao, qui est l’équivalent de Shunyata, la nature de Buddha, présente en chacun.